#3 Les écrans et les enfants : ma bidouille

Les écrans restent un sujet majeur de tension au sein de la famille et dans ce déluge d'informations contradictoires, et face à nos propres contradictions d'adultes, il devient difficile de s'y retrouver et d'adopter des règles familiales simples, efficaces et respectées.

La lettre d'Amélia
3 min ⋅ 05/04/2023

Mes enfants utilisent des écrans !

En tant que cofondatrice de COLORI, méthode d’éducation au numérique qui se revendique sans écran, j’ai le sentiment qu’on m’attend parfois au tournant sur la question des écrans.

C’est de bonne guerre, mais malheureusement (ou heureusement, c’est selon), je reste humaine et faillible, même sur la question du numérique en famille.

Et comme beaucoup d’adultes, je peine parfois à appliquer la première et la plus efficace des règles : être exemplaire.

Cela étant dit, et bien que l’approche COLORI se passe d’équipement numérique, je ne revendique pas une éducation sans aucun écran, jamais, nulle part. Ce serait totalement illusoire et inapplicable en 2023 d’après moi. Je serais très curieuse d’entendre le témoignage d’une famille 100% déconnectée. En connaissez-vous une seule ?

Alors, oui, mes enfants (4 ans et 9 ans) consomment des dessins animés, des jeux vidéo, des matchs télévisés et des films. Et pour répondre tout de suite à la question brûlante du temps d’écran, que l’on me pose beaucoup, je ne suis pas si restrictive. Ma fille de 4 ans consomme 1h30 à 2h d’écran par semaine. Son grand-frère de 9 ans, 2 ou 3 heures. Sans doute un peu plus pendant la ligue des champions.

Le contrôle du temps d’écran est fondamental. Le contrôle du contenu proposé sur l’écran l’est encore plus.

Ma fille de 4 ans regarde des dessins animés, choisis pour son âge, et elle a déjà intégré les jours permis (mercredi, samedi et dimanche). Évidemment, elle gratte régulièrement pour avoir plus de temps d’écran ou avoir de l’écran les jours non autorisés, mais en règle générale, on garde le cap et on ne cède pas.

Nous utilisons aussi l’application Marbotic avec ses lettres et ses chiffres en bois, qui proposent d’entrer dans les premiers apprentissages de manière extrêmement bien faite, et drôle. Amusements garantis !

Notre fils regarde aussi des dessins animés, pour les plus grands. Ils jouent aux échecs sur ChessKid en réseau contre d’autres enfants. Il joue à FIFA et à Minecraft. Il a fait plusieurs petits projets sur Scratch, la plateforme pour apprendre à coder aux enfants.

J’ai bien conscience que mes enfants sont à des âges où cela reste encore relativement facilement maîtrisable et que la problématique devient toute autre avec l’adolescence et l’achat du premier écran personnel de l’enfant.

Toutefois, quelques règles élémentaires s’adaptent à tous les âges, il me semble.

Nos règles

Avant tout, il est vrai que les enfants sont des cibles particulièrement vulnérables quand on parle de cyberharcèlement, d’addiction, de désinformation ou de troubles cognitifs.

Il est sain et normal que les adultes s’inquiètent et cherchent à trouver des solutions pour garantir à leur progéniture un usage juste et adapté des écrans.

Qu’il s’agisse d’écrans (ou de bonbons), avoir des règles familiales clairement exprimées et partagées est fondamental, pour les enfants comme pour leurs parents d’ailleurs (moi incluse).

Très humblement, 10 trucs qu’on applique chez nous :

  1. S’il ne fallait en retenir qu’une, et c’est sans doute la plus difficile : s’astreindre nous-mêmes à un usage modéré et éclairé de nos écrans, surtout devant nos enfants.

  2. Avant de commencer un jeu vidéo ou une activité numérique que l’on sait prenante, déterminer un temps à ne pas dépasser et mettre un minuteur.

  3. Ne pas laisser les enfants, surtout les plus jeunes, utiliser un écran dans une pièce isolée.

  4. Choisir les contenus que l’enfant consomme. Vérifier que c’est adapté à son âge. Privilégier des contenus qui le rendent actif (Exemple : les échecs).

  5. Passer des moments en famille autour de l’écran : un jeu vidéo, un film, un match…

  6. Déterminer ensemble des moments et des espaces sans écran : à table, dans la chambre, quand on mange, etc.

  7. Avoir une bibliothèque chez soi ou fréquenter la bibliothèque de sa ville. Le livre, meilleur ami de nos cerveaux en surchauffe numérique, à tout âge.

  8. Discuter de nos usages numériques, en faire un sujet comme un autre, pour que les enfants sachent qu’ils peuvent en parler librement, notamment s’ils sont confrontés à une situation inconfortable, ou pire.

  9. Pas d’écran avant d’aller se coucher.

  10. Déconnecter : de longs moments sans aucune technologie, petit luxe de 2023 finalement pas si inaccessible.

L’écran : cet arbre qui cache la forêt !

La question du numérique est épineuse, car il n’existe pas de consensus scientifique clair sur les impacts cognitifs (les impacts négatifs sont toutefois avérés sur le sommeil et la vue). Mais de plus en plus de chercheurs soulignent un aspect assez peu médiatisé, celui de la surexposition aux écrans comme conséquence d’un problème et non comme cause.

Autrement dit, l’enfant ou l’adolescent pour lequel l’addiction à l’écran est manifeste, présente peut-être par ailleurs d’autres difficultés.

L’écran est alors un refuge et en s’attaquant spécifiquement à ce sujet, on passe à côté du véritable problème. Cet usage problématique de l’écran traduit peut-être un trouble, une difficulté relationnelle, du harcèlement scolaire, une communication difficile avec sa famille… Et c’est avant tout au vrai problème qu’il faut s’attaquer.

  • Une plateforme d’aide // Faminum : une plateforme pour accompagner les usages du numérique à la maison. Vous y trouverez de nombreux conseils. https://www.faminum.com/

  • Un album jeunesse // Ma Famille déconnectée d’Amélie Javaux et Annick Masson. Une histoire drôle et tendre qui questionne la place des écrans dans nos foyers.

La lettre d'Amélia

Par Amélia Matar autrice et fondatrice de COLORI

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