#2 Maternité, parentalité, genre : ce que les primates nous apprennent de nous

À la naissance de mon second enfant, j’ai éprouvé quelques difficultés communes à beaucoup de parents. Cela m'a amenée à m'intéresser à la manière dont fonctionnait les primates avec leurs petits. J'ai alors découvert les travaux du primatologue de renommée mondiale : Frans de Waal.

La lettre d'Amélia
3 min ⋅ 22/03/2023

Frans de Waal est un ethnologue et primatologue qui établit des liens entre les comportements des primates et ceux des humains. Ses livres, traduits en plus de 20 langues, ont fait de lui l’un des biologistes les plus connus dans le monde.

Dans son dernier ouvrage Différents, le genre vu par un primatologue, que j’ai dévoré avec encore plus de frénésie que les précédents, la question du genre, et notamment de la parentalité est décryptée par le prisme de l’éthologie.

Sur la maternité, le chercheur propose notamment la réflexion suivante :

C'est avant tout une question de biologie, et ce pour une raison très simple : les compétences maternelles étant trop élaborées pour être laissées à l'instinct, l'évolution a fait en sorte que le genre pour lequel elles sont le plus cruciales puisse suivre une formation au maternage et à la maternité. Une tendance fonctionnellement liée à un mode de reproduction ancestral n'est pas un stéréotype, mais un archétype.

Prise en charge des plus petits,
quelle répartition des rôles ?

Il s’avère que nos cousins primates (avec lesquels nous partageons 96% de patrimoine génétique) font preuve d’une empathie quasi sans limite à l’égard de leur progéniture, ce qui les conduit à répondre avec empressement à leurs besoins.

Deux précisions majeures à retenir de ces observations : 

  • Premièrement, les mères chimpanzés et bonobos sont entourées de plusieurs autres femelles qui les assistent dans leur rôle parental et les libèrent donc du poids de l’éducation exclusive de leur bébé. Un phénomène appelé “’alloparents”, souvent assuré par la grand-mère, qui s’occupe pleinement des rejetons de sa fille, pour lui assurer quelque répit.

  • Deuxième observation : même si les femelles chimpanzés ou bonobos sont davantage mobilisées que les mâles dans les soins parentaux, ces derniers sont tout à fait capables d’attention parentale, dès lors qu’il n’y pas de femelles pour assurer cette tâche. Les travaux de la neuropsychologue Ruth Feldman, citée par Frans de Waal démontrent que chez les hommes qui s’occupent davantage de leurs enfants, une augmentation du taux d'ocytocine dans le sang, ainsi qu'une amygdale plus active et mieux connectée au cerveau.

Ce que l’observation des primates nous dit de la différence
des sexes dès le plus jeune âge.

Tout de même, et pour finir sur la parentalité, le livre s’ouvre sur un constat saisissant, qui m’a personnellement bousculée à la première lecture : les jeunes femelles primates possèdent des ersatz de poupées dans la nature, des rondins par exemple, qu’elles prennent pour leur bébé en les portant sur leur dos et en les protégeant. Et surtout toutes les études conduites jusqu’à présent montrent que les femelles à qui l’on propose plusieurs jouets choisissent davantage les poupées, tandis que les mâles privilégient les voitures.

Ces préférences manifestement genrées établissent-elles une hiérarchie des genres ?

Nulle réponse définitive ne s’y trouve puisque nos deux plus proches cousins étudiés, les chimpanzés et les bonobos, se comportent très différemment. Pour donner un exemple concret : les chimpanzés sont plus violents et dominés par les mâles tandis que les bonobos sont plus pacifiques et dominés par les femelles. Et pour rendre tout cela encore moins clair : il existerait des différences culturelles, oui oui culturelles, entre les communautés chimpanzés.

Frans de Waal rappelle justement que la culture a évidemment une place centrale dans l’adoption de tels comportements plutôt que tels autres et qu’il convient naturellement de considérer l’humain dans cet entrelacs biologique et culturel qui le constitue pleinement.

Et pour conclure, l’un des seuls aspects du comportement qui demeure vrai peu importe l’espèce étudiée, est la tolérance absolue aux différences.

Je finis en citant ce passage du livre qui me semble tout simplement parfait : 

Malgré les parallèles entre ce type de rapports chez nous et chez les animaux, il existe une différence majeure : notre tendance à classer et étiqueter les comportements et les orientations sexuelles. Celle-ci n'appartient qu'à nous et peut nous conduire à l'intolérance. Les autres primates acceptent chacun tel qu'il est, qu'il soit conforme ou non à la majorité, et c'est ce que j'adore chez eux.

La lettre d'Amélia

Par Amélia Matar autrice et fondatrice de COLORI

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