#1 Quel féminisme ?

J’ai eu la chance le 23 février dernier, d’être en plateau sur l’émission l’école du futur (Sqool TV) avec Laura Lesueur, alors invitée dans le cadre de la promotion de son livre “Manifeste contre le féminisme radical et pour un féminisme éclairé”. Cette question du féminisme radical, opposé au féminisme éclairé, m’a grandement interpellée...

La lettre d'Amélia
3 min ⋅ 08/03/2023

Quel féminisme ?

Je me sens profondément féministe sans avoir jamais revendiqué jusqu’alors UN féminisme en particulier. Laura le souligne avec justesse : plusieurs courants de pensée féministes s’affrontent et se fustigent, s’insurgent et s’offusquent. Le plus dénoncé étant le féminisme dit radical, résumé par une misandrie assumée et un lesbianisme politisé. Il est certain que, me concernant, je ne me situe pas dans cette radicalité, même si je considère que l’on devrait avoir le droit de se revendiquer misandre, sans risquer que des menaces de mort défèrlent en MP (ce fut le cas pour Pauline Harmange par exemple).

Ce que j’observe surtout de mon propre entourage, c’est que beaucoup de personnes considèrent encore le féminisme -  tout court, quel qu’il soit - comme radical. 

Que signifie au juste “radical” ?

Dans le Larousse, la définition de “radical” est la suivante :

“ Se dit d'un genre d'action ou de moyen très énergique, très efficace, dont on use pour combattre quelque chose : une action radicale contre la fraude.”

Il apparaît sans difficulté que le féminisme est bien de ce “genre d’action”  “énergique” “dont on use pour combattre quelque chose”. Des choses à combattre, nous n’en manquons pas. Au choix : les violences faites aux femmes, les inégalités salariales, le harcèlement sexuel, l’invisibilisation…

Il est intéressant de noter que la définition de “radical” du Larousse n’a aucune connotation péjorative. Bien au contraire, elle induit que cette radicalité est inexorable et souhaitable.Tandis que le féminisme, perçu communément comme radical, convoque bien souvent tout un imaginaire haïssable, fait de femmes pénibles, enragées, prêtes à en découdre abusivement avec le premier homme qui aurait le malheur de croiser leur chemin. Le vrai défi serait peut-être alors, que cette radicalité qui colle encore à la notion de féminisme de manière inextinguible, ne soit plus dépréciée. Qu’elle ne soit plus perçue comme de l’agressivité envers les hommes mais comme de la fermeté vis-à-vis d’une situation qui doit, en effet, radicalement changer.

Le féminisme c’est remettre en cause des siècles de domination. Le manque de test des médicaments sur des femmes qui mettent en danger notre santé. Les crash tests des voitures réalisés sur des normes masculines, qui font qu’une femme a 17% de chances de plus de mourir qu’un homme en cas d’accident. Les sphères de pouvoir et d’argent desquelles nous sommes encore souvent exclues. Les violences diverses et variées. Sur ce dernier point, les chiffres racontent une situation d’une brutalité inouïe, encore aujourd’hui. 6,7 millions de personnes déclarent avoir été victimes d’incestes en France d’après un sondage IPSOS. Des dizaines de femme meurent sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint chaque année. Des dizaines de milliers de femmes et d’enfants vivent dans une situation similaire à un état de guerre, en France. Car ces dizaines de milliers de femmes et d’enfants voient leur intégrité physique et mentale menacée chaque jour.

Oui, je considère que cette situation doit radicalement changer. 

Et je sais que d’affirmer cela haut et fort, c’est être rangée par beaucoup dans la catégorie des féministes radicales. Et pourtant, je le redis, je ne suis pas misandre et je vis une relation épanouie avec un homme. Plus encore, je crois que le féminisme ne pourra pas accomplir son œuvre, à savoir l’égalité entre les hommes et les femmes, qu’avec des hommes engagés et mobilisés. Ils sont de plus en plus nombreux, j’en fréquente moi-même plusieurs avec bonheur. Et à vrai dire dire, la plupart des féministes dont je lis les œuvres ou que je suis sur les réseaux, je pense à Lauren Bastide, à Justine Lossa, à Camille Giry, à Olivia Gazalé, à Camille Froidevaux-Metterie, à Victoire Tuaillon, à Camille Kouchner et à tant d’autres ne sont pas misandres, et ne souhaitent pas un monde sans homme dominé par les femmes. 

Je ne crois pas.

Lauren Bastide, écrit dans son dernier livre Futur·es :

Le féminisme n'a pas pour projet un pivotement complet de la société sur elle-même. Personne ne milite pour l'instauration d'un matriarcat où les femmes rendraient aux hommes, œil pour cil, ce qu'elles ont subi depuis des siècles.

Ces autrices ne sont pas misandres, et pourtant toutes ces femmes sont considérées par un bon nombre d’hommes - et de femmes -  comme radicales car le mot “féminisme” suffit à ces personnes, et je les crois encore nombreuses, à lever le bouclier et à faire front.

Pourquoi cette critique de la radicalité ?

Pas à cause des femmes misandres. 

Mais, comme le soulignait justement Lauren Bastide récemment dans une émission télévisée, parce que ces personnes n’ont aucun intérêt à voir l’égalité femme-homme progresser. Elles taxent donc de radicalité toute demande égalitaire, pour la discréditer et en diminuer la portée. Remettre en cause l’ordre établi c’est questionner une hiérarchie de privilèges. Ça dérange forcément et on s’en débarrasse en brandissant l’argument irréfutable “radical”. La radicalité a parfois bon dos pour échapper aux changements radicaux que nous sommes en droit d’attendre. En somme, suis-je une féministe radicale ?

Non. Pas de celles qui abhorrent les hommes ou souhaitent nier nos différences.

Oui. De celles qui militent pour qu’enfin advienne une société égalitaire, embrassant avec joie toute la diversité du genre humain.

La lettre d'Amélia

Par Amélia Matar autrice et fondatrice de COLORI

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